Du sang sur ma tartine

Présentation deDu sang sur ma tartine

Création de Bernard Froutin dont nous aurons l’honneur d'étrenner la sortie en salles.

Dans un moment de grande fragilité, (salle de réanimation), des souvenirs se sont insinués.

Des péripéties, des violences, des petites perversités, tellement normales pour l’époque (nous sommes à la veille de 1968!) c’est la fin de ce pouvoir établi après la guerre, la religion, ici, est omnipotente, indiscutable, incontestable. Pourtant ces violences et ces perversités ordinaires, vont conduire un enfant de 11 ans à faire des choix radicaux, qui n’ont rien à voir avec la culture que ses parents, que ses «éducateurs» lui ont enseignée.

La contestation était dans l’air, et cet enfant l’a saisie.

Impossible de savoir si cette méfiance de ce qui est appris, cette angoisse de me retrouver en situation d’élève, ce besoin de rationalité, ce mépris des pédagogues… Si tout cela, est dû à ces événements ?

Ce que je sais : que ces moments sont resté comme des repaires, des balises, chaque fois que j’ai dû faire des choix.

Il était indispensable pour moi de consoler celui que j’ai été, et rendre hommage à cet enfant qui fut le conseiller de toute ma vie.

Bernard Froutin

Extrait.

Mon père arrive avec Marguerite, la sage-femme. Il fait une drôle de tête. En chemin, il a compris qu’elle était complètement saoule…

Marie Bedouet, elle, s’en est tout de suite aperçue…

-Tu ne touches à rien Marguerite, on va y arriver…

Marguerite n’est pas contente, c’est quand même elle la sage-femme ! Marie Bedouet prend mon crâne dans ses mains pour m’aider à sortir.

-Pas comme ça !Qu’elle dit Marguerite.

Elle veut prendre la place, mais Marie Bedouet lui dit :

-De toute façon tu n’es pas en état.

Et puis, Marie Bedouet a déjà fait des accouchements, elle n’a pas besoin de l’aide d’une sage-femme complètement saoule.

Le passage s’ouvre enfin, je peux sortir, si je n’avais pas cette chose autour du cou qui m’étrangle... Je sens une force qui me tire vers le dehors, je ne sais pas où je vais, mais j’y vais...

Mon père est rassuré, que ce soit Marie Bedouet qui prenne les choses en mains, il est temps pour lui, d’aller choisir quelques bonnes bouteilles pour arroser ça avec les copains.

-Ouille ouille ouille ! Il est déjà tout bleu !Elle est un peu inquiète, Marie Bedouet…

-Mais poussez, poussez donc ! Sinon il va étouffer ! Il devrait être là depuis une heure !Qu’elle dit Marguerite…

-Mais toi aussi, tu devrais être là depuis une heure !Qu’elle lui fait remarquer Marie Bedouet.

Ça y est, je suis dehors, mais je ne contrôle plus rien. Marie Bedouet desserre le cordon ombilical qui m’étrangle. Elle le tranche sans hésiter.

Moi, je me demande si c’était bien nécessaire de me donner tout ce mal pour sortir, parce que Marie Bedouet elle m’a peut-être tiré dehors, mais elle ne lésine pas sur les claques. C’est donc ça la vie ? Ça promet…

Marguerite, elle n’aime pas tellement la couleur de ma peau, elle fait la grimace :

-Il est tout noir !

-Il n’est pas le seul !

Qu’elle lui répond Marie Bedouet.

Elle me tient d’une main par les jambes, et elle continue à me mettre des tapes dans le dos avec l’autre main. La tête en bas, je pousse mon premier cri…

-AAAAAAA !!!!!

Ca y’est je suis dans les bras de maman !

En me désignant du doigt, Marguerite s’adresse à ma mère :

-Vous y attachez pas ! Vous allez le perdre !

Ce n’est pas un très bon départ dans la vie, mais c’est mon départ à moi…

Ma mère elle n’a pas eu le temps de réaliser… Elle est un peu choquée par la phrase de Marguerite, plus tard, elle me l’a souvent rappelée : « Vous y attachez pas, vous allez le perdre ! »

Prochaines séances pourDu sang sur ma tartine